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Une quête de la vérité qui n'avait pas lieu d'être. Aucune ombre au tableau et pourtant un besoin viscéral de savoir. C'est ce qui m'a poussé à réaliser un test ADN en 2019. Passionnée de généalogie et d'histoire, je me lance par curiosité dans cette aventure rêvant d'exotisme et de voyage en contraste avec la pâleur de ma peau. Des fragments d'histoires par-ci par-là, des ancêtres lointains venus des pays environnants qui sont les fondateurs de mon histoire familiale comme la majorité des Français. Rien d'extraordinaire ne semblait pouvoir illuminer ma vie. Et cette nuit d'octobre, lorsque je reçois la notification de mes résultats, j'ignore alors que je ne serais plus la même. J'ignore alors qui représente dans mon histoire familiale les presque 50% d'écossais et irlandais. Beaucoup trop proche pour être trop lointain mais beaucoup trop éloigné pour que j'en connaisse l'origine. Je me livre alors à un travail de recherches et d'enquêtes durant des mois, et toutes les pistes me mènent à une seule personne : mon arrière-grand-mère maternelle abandonnée à la naissance. Une mère dénommée mais un père inconnu. 

 

Comment ? Quand ? Pourquoi?

 

Puis des interrogations sur ma propre identité. Qui suis-je si je ne sais pas d'où je viens? Des questionnements sur ma propre personne, sur mes idées, mes envies, mes passions. Serais-je là même s'ils n'avaient pas été qui ils étaient? La principale chose qui anime mon cœur depuis des années-lumière est un lien et un amour inéluctable, infaillible pour la culture américaine. Le seul endroit au monde où je me sens chez moi, où je connais le bonheur, ou mon âme palpite, et personne d'autre de mon cercle familial ne partage ça avec moi. 

Pourquoi moi?

 

Et tout a pris son sens lorsque j'ai appris après des nuits blanches à décortiquer mes résultats adn, à contacter des inconnus à l'autre bout du monde que l'homme inconnu, l'ancêtre introuvable, la racine de ce secret de famille, que mon arrière-arrière-grand-père était américain.

 

Comme si mes gènes me connaissaient mieux que moi-même.

Au fur et à mesure de mes recherches et de mes découvertes, une histoire commence à se dessiner. Rien ne pourra jamais la représenter dans son exactitude puisque ces moments secrets n'ont appartenu qu'à eux, mais les informations que j'ai en ma possession établissent déjà une première idée des faits : un trentenaire de la banlieue de Chicago débarque en Normandie en 1900.

À travers cette première série qui symbolise le commencement de l'histoire, j'ai voulu représenter de façon poétique et subtile le premier amour. Je reprends alors divers codes et symboles pour l'illustrer. Il m'était essentiel que l'eau soit au cœur de cette première série. Symbole de vie et de fertilité, elle évoque également la barrière qui sépare les deux continents. La robe blanche symbolise la virginité et le premier amour. 

Germaine née mais n'est hélas qu'une erreur de parcours. Dés ses premiers jours de vie, elle est abandonnée et adopte le statut de pupille de l'État. Elle grandit en changeant de foyer une vingtaine de fois jusqu'à sa majorité. Aucun repère ni aucune réponse à ses possibles questionnements d'enfants qui doit en plus travailler à la ferme en parallèle de ses journées d'école. On rêve de quoi quand on ne sait pas qui on est ?

Pour cette deuxième série, je garde le code de la robe blanche qui représente cette fois-ci les robes de chambre des orphelinats dans les années 1910. Toujours dans l'illustration, j'essaye de représenter de façon onirique des moments face à l'inconnu. La position fœtale renvoie au lien de la mère et l'enfant qui est alors inexistant.

Son identité n'est plus un mystère et Oliver Smith Harrisson retourne dans sa campagne de l'Illinois après son séjour en Europe. Sa trace est retrouvée dans les registres des embarcations depuis Dieppe jusqu'au port de Deslile dans le Mississippi. Des mois passent et il déménage. La lettre annonçant la naissance de son enfant en France n'arrivera jamais entre ses mains comme il est indiqué dans le dossier d'adoption.

Ça ne tenait à rien. Tout aurait pu en être autrement.

Et justement ? Quelle aurait été sa vie si on lui avait donné cette chance ?

 

Une série d'archives familiale trouvée dans une brocante new-yorkaise me laisse rêver à cette vie stéréotypée. Une vie de famille faites d'événements heureux et classiques : un parallèle plutôt sombre et opposé à la réalité qui lui n'a été que tristesse.